Pourquoi la vérification de prise de poste est une étape à part entière
La vérification de prise de poste n'est pas une formalité administrative : c'est le moment où le cariste s'assure que le chariot qu'il s'apprête à utiliser est en état de fonctionner en sécurité, avant que le moindre déplacement ou levage ne soit engagé. Elle est intégrée à la réglementation applicable aux chariots automoteurs de manutention à conducteur porté et détaillée par l'INRS dans son manuel de conduite ED 766, qui liste les contrôles à réaliser à chaque prise de poste.
Cette vérification doit être réalisée à chaque prise de poste, et pas seulement en début de journée : sur un chariot utilisé en 3x8 par exemple, chaque conducteur qui prend le relais doit effectuer sa propre vérification avant de démarrer, sans se reposer sur le contrôle réalisé par le conducteur précédent. Le principe est simple : le conducteur qui va utiliser le chariot est celui qui doit constater personnellement son état.
Cette étape protège autant le cariste lui-même que les personnes qui l'entourent : un défaut mécanique ou une fuite non détectée avant le démarrage peut se transformer en incident une fois le chariot en mouvement ou en charge, dans des conditions bien plus difficiles à maîtriser qu'à l'arrêt.
Les contrôles administratifs préalables
Avant même de s'approcher du chariot, le cariste doit s'assurer qu'il détient bien l'autorisation de conduite requise pour ce chariot précis, délivrée par son employeur, et que cette autorisation couvre la catégorie de chariot concernée. Un cariste ne doit jamais conduire un chariot pour lequel il ne dispose pas d'une autorisation de conduite en cours de validité, même s'il détient un CACES® pour une autre catégorie.
Le cariste doit également prendre connaissance des consignes propres au site sur lequel il intervient, notamment lorsqu'il s'agit d'une mission en intérim ou d'un site qu'il ne connaît pas encore bien : plan de circulation, zones interdites, procédures particulières de gerbage ou de circulation, et consignes en cas d'incident. Ces informations conditionnent la sécurité de la suite de la prise de poste autant que l'état mécanique du chariot lui-même.
Le tour du chariot à l'arrêt
Le contrôle extérieur du chariot, réalisé moteur à l'arrêt, porte sur l'état général visible de l'engin. Il comprend l'examen de l'état des pneumatiques ou bandages (usure, coupures, pression pour les pneumatiques gonflables), l'absence de fuite visible sous le chariot (huile, liquide de refroidissement, carburant selon l'énergie), l'état des fourches (absence de fissure, de déformation, bon état des loquets de blocage sur le tablier), et l'état du dispositif de protection du conducteur (arceau ou cabine, grille de protection de charge le cas échéant).
Le cariste vérifie également la présence et le bon état des équipements de sécurité obligatoires : avertisseur sonore, dispositif de signalisation de recul le cas échéant, éclairage si le chariot est amené à circuler dans des zones peu éclairées, rétroviseurs, et ceinture de sécurité lorsque le chariot en est équipé. Un défaut sur l'un de ces équipements de sécurité doit être considéré comme empêchant l'utilisation du chariot tant qu'il n'est pas corrigé.
L'état de la plaque de charge elle-même fait partie de ce contrôle visuel : elle doit être présente, lisible, et cohérente avec la configuration actuelle du chariot, notamment si un accessoire y est fixé.
- État des pneumatiques ou bandages : usure, coupures, pression
- Absence de fuite visible sous le chariot
- État des fourches : absence de fissure ou de déformation, loquets de blocage fonctionnels
- État du dispositif de protection du conducteur (arceau, cabine)
- Présence et fonctionnement de l'avertisseur sonore et des équipements de signalisation
- État et lisibilité de la plaque de charge
- Présence et bon état de la ceinture de sécurité si le chariot en est équipé
Le contrôle moteur en marche
Une fois le contrôle extérieur réalisé et jugé satisfaisant, le cariste démarre le chariot pour effectuer un second niveau de contrôle, cette fois moteur en marche. Ce contrôle porte sur le fonctionnement des instruments de bord (jauges, témoins d'alerte), sur le bon fonctionnement du système de freinage, y compris le frein de parking, et sur le fonctionnement des commandes de direction.
Le cariste vérifie également, à vide et à faible hauteur avant tout déplacement en charge, le bon fonctionnement des mouvements hydrauliques : levée et descente du mât, inclinaison, et le cas échéant translation ou rotation des accessoires. Un mouvement hydraulique irrégulier, saccadé ou anormalement lent doit être signalé avant toute mise en service du chariot pour une opération de manutention.
Pour les chariots équipés d'une batterie ou d'une source d'énergie spécifique (électrique, gaz, thermique), un contrôle propre à cette source d'énergie s'ajoute à cette étape, détaillé dans le guide consacré aux batteries et énergies des chariots.
Que faire en cas de défaut constaté
Un défaut constaté lors de la vérification de prise de poste, qu'il porte sur un élément de sécurité (freins, avertisseur, protection du conducteur, plaque de charge) ou sur un élément de fonctionnement (fuite, mouvement hydraulique anormal), doit conduire à l'immobilisation du chariot et à un signalement à la hiérarchie avant toute mise en service. Le réflexe attendu n'est pas d'évaluer soi-même si le défaut est suffisamment grave pour empêcher l'utilisation : c'est de signaler et de laisser une personne compétente trancher.
Ce principe vaut y compris pour un défaut qui semble mineur ou pour un chariot dont l'utilisation est urgente : un défaut de sécurité non traité au moment de la prise de poste ne s'améliore pas en cours d'utilisation, et les conditions de manutention en charge sont toujours plus exigeantes pour le chariot que les conditions du contrôle à l'arrêt ou à vide.
La vérification générale périodique, un contrôle distinct de la prise de poste
La vérification de prise de poste réalisée quotidiennement par le cariste ne remplace pas la vérification générale périodique (VGP), un contrôle réglementaire plus approfondi imposé par le Code du travail, aux articles R. 4323-23 et R. 4323-24, et précisé par l'arrêté du 1er mars 2004 modifié. Cette vérification périodique s'applique aux chariots élévateurs dont la levée des fourches dépasse un seuil de hauteur significatif, et doit être réalisée au minimum tous les six mois, une périodicité plus resserrée que celle appliquée aux appareils de levage fixes.
La VGP doit être réalisée par une personne qualifiée, appartenant ou non à l'entreprise utilisatrice du chariot, mais disposant des compétences nécessaires en matière de prévention des risques liés à ce type d'équipement et d'une connaissance des dispositions réglementaires applicables. Son objectif, tel que le formule le Code du travail, est de déceler en temps utile toute détérioration du chariot susceptible de créer un danger, avant qu'elle ne se traduise par un incident.
Pour le cariste, la distinction entre ces deux niveaux de contrôle est simple à retenir : la vérification de prise de poste lui appartient et se répète à chaque prise en main du chariot, tandis que la vérification générale périodique relève d'une personne qualifiée mandatée par l'employeur et se répète selon un calendrier réglementaire. Un chariot dont la VGP serait en retard, ou dont le rapport ferait apparaître une anomalie non traitée, doit être signalé au même titre qu'un défaut constaté lors d'une prise de poste.
Questions fréquentes
La vérification de prise de poste est-elle obligatoire à chaque fois ?
Combien de temps prend une vérification de prise de poste ?
Que faire si le chariot semble fonctionner normalement malgré un petit défaut visuel ?
▸ Sources
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