Le quai, une zone où le risque change de nature
Les opérations de chargement et de déchargement au quai combinent des risques propres à la manutention en entrepôt (circulation, stabilité du chariot, gerbage) et des risques spécifiques à l'interface entre le bâtiment et un véhicule routier qui n'est pas sous le contrôle direct de l'opérateur logistique. Le chariot pénètre alors dans un espace mobile, la caisse ou la remorque du camion, dont la position par rapport au quai peut varier si le véhicule n'est pas correctement immobilisé.
Cette différence de nature explique pourquoi un protocole de sécurité spécifique s'applique aux opérations de quai, en complément des règles générales de circulation et de manutention déjà en vigueur dans le reste de l'entrepôt. Ce protocole vise en priorité à garantir que le véhicule restera immobile et dans une position stable pendant toute la durée de l'opération de chargement ou de déchargement.
Le départ inopiné du véhicule, risque central du quai
Le départ inopiné désigne la situation dans laquelle le véhicule à quai se déplace, s'éloigne du quai ou change de position alors que l'opération de chargement ou de déchargement n'est pas terminée, avec un chariot potentiellement encore engagé dans la caisse ou la remorque au moment du déplacement. Ce risque est identifié comme l'une des causes les plus graves d'accident lors des opérations de quai, car il peut entraîner la chute du chariot et de son conducteur dans le vide formé entre le quai et le véhicule qui s'éloigne.
Les causes d'un départ inopiné sont multiples : un défaut de communication entre le chauffeur du véhicule et le personnel du quai, un chauffeur qui redémarre son véhicule en pensant l'opération terminée alors qu'elle ne l'est pas, une rupture ou un relâchement du système de freinage du véhicule à l'arrêt, ou encore un choc externe qui déplace un véhicule mal freiné. Dans tous les cas, la conséquence potentielle est la même : un vide qui s'ouvre brutalement sous un chariot en cours de manoeuvre.
Le calage du véhicule : un préalable, pas une option
Le calage des roues du véhicule, à l'aide de cales dédiées positionnées contre les roues du côté approprié, constitue la mesure de prévention de référence contre le départ inopiné lors d'opérations de chargement ou de déchargement par l'arrière du véhicule. L'INRS recommande explicitement la mise en place de dispositifs de blocage de roue ou de retenue de véhicule sur les quais de chargement, précisément pour prévenir ce risque.
Le calage doit être réalisé avant le début de toute opération de chargement ou de déchargement, et non après que le premier chariot ait déjà commencé à circuler dans la caisse du véhicule. Il doit être vérifié, et non simplement supposé en place, avant l'engagement du chariot : un cariste qui découvre l'absence de calage ou un calage mal positionné doit interrompre l'opération et faire corriger la situation avant de poursuivre.
Des dispositifs plus élaborés existent également, comme les systèmes de blocage de roue asservis à la commande d'ouverture de la porte de quai ou à un signal lumineux visible à la fois du quai et de la cabine du véhicule, qui empêchent ou signalent tout redémarrage tant que l'opération n'est pas formellement terminée. Leur présence sur un site ne dispense toutefois pas d'une vérification visuelle du bon engagement du dispositif avant chaque opération.
La communication entre le quai et le chauffeur
Une part significative des incidents de départ inopiné trouve son origine dans un défaut de communication entre le personnel du quai et le chauffeur du véhicule, chacun pouvant penser à un moment donné que l'opération est terminée ou que l'autre a le contrôle de la situation. Un protocole clair doit définir qui autorise le départ du véhicule, à quel moment, et par quel signal ce feu vert est communiqué au chauffeur.
Le chauffeur du véhicule ne doit en aucun cas redémarrer ou déplacer son véhicule sans confirmation explicite que l'opération est terminée et que plus aucun chariot ni aucun opérateur ne se trouve dans la caisse ou à proximité immédiate de l'arrière du véhicule. Cette règle doit être connue et appliquée y compris lorsque le chauffeur pense, de sa cabine, que l'opération est visiblement achevée.
L'écart entre le quai et le véhicule
Un espace, même réduit, peut subsister entre le bord du quai et l'arrière du véhicule selon le type de véhicule, sa hauteur de plancher et la précision de sa mise à quai. Cet espace doit être comblé par une passerelle de liaison, un pont de liaison ou un niveleur de quai adapté avant tout passage de chariot entre le quai et le véhicule, plutôt que d'être franchi directement par le chariot sans dispositif de liaison.
Un niveleur de quai ou une passerelle mal positionné, instable, ou dont la capacité n'est pas adaptée au poids du chariot chargé, expose à un risque de basculement ou de chute similaire à celui du départ inopiné, même lorsque le véhicule lui-même est correctement calé. La vérification de la mise en place et de la stabilité de ce dispositif de liaison fait partie du contrôle préalable à toute opération de quai, au même titre que le calage du véhicule.
Les risques annexes du quai : hauteur et conditions extérieures
Le bord du quai constitue en lui-même une zone de risque de chute de hauteur pour toute personne à pied, y compris en dehors des phases de manoeuvre d'un chariot : la différence de niveau entre le sol de l'entrepôt et l'aire de circulation des véhicules à l'extérieur peut représenter plusieurs dizaines de centimètres, une hauteur suffisante pour occasionner une blessure sérieuse en cas de chute. Un balisage visuel clair de la limite du quai, ainsi que des protections physiques quand la configuration du site le permet, contribuent à réduire ce risque pour le personnel qui circule à pied dans cette zone.
Les conditions météorologiques modifient également le niveau de risque des opérations de quai réalisées partiellement ou totalement en extérieur : une aire de quai mouillée par la pluie, verglacée en période de gel, ou balayée par un vent fort qui déstabilise une charge légère et volumineuse, appelle une vigilance renforcée et, selon les cas, une adaptation du rythme ou des méthodes de travail. Un quai non couvert expose plus directement le personnel et le matériel à ces variations que les zones intérieures de l'entrepôt, ce qui justifie une attention particulière à l'état du sol avant chaque opération.
Questions fréquentes
Qui est responsable du calage du véhicule à quai ?
Un dispositif de blocage automatique dispense-t-il de toute vérification ?
Que faire si l'on constate un espace entre le quai et le véhicule sans dispositif de liaison ?
▸ Sources
▸ PASSER À L'ENTRAÎNEMENT
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