Trois grandes familles d'énergie, trois profils de risque
Un chariot élévateur peut être propulsé par une batterie électrique, par un moteur thermique fonctionnant au gaz de pétrole liquéfié (GPL) ou au gasoil, ou plus rarement par d'autres sources d'énergie. Chacune de ces motorisations répond à des usages différents (l'électrique est privilégié en intérieur pour l'absence d'émissions directes, le thermique pour un usage extérieur ou des besoins de puissance soutenue) et chacune expose le cariste et son environnement à des risques spécifiques qu'il convient de connaître, au-delà des seuls risques mécaniques déjà présents sur tout chariot quelle que soit son énergie.
Le cariste qui change de site ou de mission peut être amené à conduire des chariots de motorisations différentes de celle à laquelle il est le plus habitué. Connaître les points de vigilance propres à chaque énergie fait partie des compétences attendues, au même titre que la conduite elle-même.
Le risque hydrogène sur les batteries au plomb
Les batteries au plomb-acide, les plus répandues sur les chariots élévateurs électriques, dégagent de l'hydrogène en fin de charge, un gaz issu du processus électrochimique interne de la batterie. Ce dégagement d'hydrogène, s'il n'est pas correctement évacué, peut créer une atmosphère explosive dans le local ou la zone où se déroule la recharge, avec un danger réel pour les personnes présentes en cas d'inflammation.
C'est pour cette raison que la recharge des batteries de chariots électriques doit se dérouler dans un local ou une zone de charge spécifiquement dimensionnée et équipée pour ce risque, et non dans un espace improvisé de l'entrepôt. Ce local doit disposer d'une extraction mécanique en partie haute, dimensionnée pour limiter la concentration d'hydrogène dans l'air en dessous du seuil qui rendrait l'atmosphère explosive, l'hydrogène étant plus léger que l'air et ayant tendance à s'accumuler en partie haute d'un espace confiné.
L'accès au local de charge doit être réservé au seul personnel habilité, c'est-à-dire ayant reçu une formation spécifique sur les risques et les procédures de charge des batteries, et non ouvert à l'ensemble du personnel de l'entrepôt.
Les autres risques liés à la batterie électrique
Au-delà du risque d'hydrogène, la manipulation des batteries de chariots électriques expose à un risque chimique lié à l'électrolyte, l'acide sulfurique contenu dans les batteries au plomb, dont le contact avec la peau ou les yeux constitue une brûlure chimique nécessitant une prise en charge immédiate. Le port d'équipements de protection individuelle adaptés (gants, protection oculaire) est requis pour toute opération qui implique une manipulation directe de la batterie ou de ses connexions, en dehors de la simple mise en charge par le connecteur prévu à cet effet.
Un risque électrique proprement dit existe également, lié à la puissance des batteries de traction et à leurs connexions, qui ne doivent être manipulées que par du personnel formé à cet effet. Un cariste n'a en principe pas à intervenir sur les connexions internes de la batterie ou du système de charge : son rôle se limite à brancher et débrancher le chariot au point de charge prévu, selon la procédure du site, et à signaler toute anomalie constatée (câble endommagé, connecteur détérioré, odeur inhabituelle) plutôt qu'à tenter une réparation.
Des batteries au lithium équipent également certains chariots plus récents, avec un profil de risque différent de celui des batteries au plomb (moins de dégagement gazeux en usage normal, mais un risque d'emballement thermique en cas de défaut ou de dommage physique de la batterie), qui justifie des consignes propres au constructeur, à connaître et à respecter sans les assimiler à celles des batteries au plomb.
Le chariot au gaz : manipulation de la bouteille et ventilation
Les chariots à motorisation thermique fonctionnant au gaz de pétrole liquéfié sont alimentés par une bouteille de gaz fixée sur le chariot, généralement à l'arrière du poste de conduite, que le cariste peut être amené à changer entre deux missions. Cette opération de changement de bouteille comporte un risque de fuite de gaz au moment du débranchement ou du branchement du raccord, ce qui impose de suivre scrupuleusement la procédure de fermeture de la vanne avant tout débranchement, et de vérifier l'absence de fuite après le branchement de la nouvelle bouteille avant de démarrer le chariot.
Le stockage des bouteilles de gaz de réserve, pleines ou vides, doit être réalisé dans une zone dédiée, ventilée et éloignée de toute source d'inflammation, distincte des zones de circulation courante et des zones de stockage de marchandises. Un chariot au gaz dont l'odeur caractéristique du GPL est perceptible au démarrage ou en cours d'utilisation ne doit pas être utilisé : il s'agit d'un signe de fuite qui impose l'arrêt immédiat et un signalement.
L'utilisation d'un chariot thermique, au gaz comme au gasoil, dans un espace fermé ou insuffisamment ventilé expose par ailleurs au risque d'intoxication par les gaz d'échappement, notamment au monoxyde de carbone, ce qui impose une vigilance particulière sur la ventilation des espaces où ces chariots sont utilisés en continu.
Ce que le cariste peut faire, et ce qu'il doit laisser à un technicien
La frontière entre l'entretien courant qu'un cariste peut assurer lui-même et l'intervention technique qui relève d'un personnel spécialisé n'est pas toujours intuitive, et elle varie selon le type d'énergie du chariot. Sur un chariot électrique, le cariste branche et débranche le chargeur au point prévu, contrôle le niveau visible de l'électrolyte quand la batterie le permet et que la procédure du site l'y autorise, et signale toute anomalie constatée. Il n'intervient en revanche jamais sur les connexions internes de la batterie, sur son système de gestion électronique, ou sur le remplacement d'éléments défectueux, qui relèvent d'un personnel formé spécifiquement à cette intervention.
Sur un chariot thermique, qu'il soit au gaz ou au gasoil, le cariste assure le changement de la bouteille de gaz selon la procédure prévue ou le plein de carburant, mais ne procède à aucune intervention sur le circuit d'alimentation, le système d'échappement ou le moteur lui-même en cas de dysfonctionnement constaté : ces opérations relèvent de la maintenance, dont le rôle est distinct de celui de la conduite au quotidien.
Cette répartition des rôles n'est pas une simple précaution administrative : une intervention non maîtrisée sur un système électrique de puissance, un circuit de gaz sous pression ou un moteur thermique expose à des risques spécifiques (électrisation, fuite, brûlure) que la formation à la conduite d'un chariot ne couvre pas. Un cariste confronté à une anomalie qui semble mineure doit systématiquement privilégier le signalement au personnel de maintenance plutôt que la tentative de résolution par ses propres moyens.
Le chariot thermique gasoil et l'usage extérieur
Les chariots à motorisation gasoil sont majoritairement utilisés en extérieur ou dans des grands volumes bien ventilés, en raison de leurs émissions d'échappement plus importantes que celles des chariots au gaz. Leur usage en intérieur, quand il existe, doit être limité et compensé par une ventilation adaptée, pour les mêmes raisons de risque d'intoxication évoquées pour les chariots au gaz.
Le plein de carburant, comme la manipulation d'une bouteille de gaz, comporte un risque d'inflammation qui impose l'arrêt du moteur avant toute opération de ravitaillement, et l'interdiction de fumer ou d'utiliser une flamme nue à proximité de la zone de ravitaillement, au même titre que pour tout véhicule à moteur thermique.
Questions fréquentes
Un cariste peut-il intervenir lui-même sur une batterie défaillante ?
Pourquoi le local de charge est-il fermé au personnel non habilité ?
Que faire si l'on sent une odeur de gaz près d'un chariot au GPL ?
▸ Sources
▸ PASSER À L'ENTRAÎNEMENT
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